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Jun 21, 2013

Entretien avec Qudus Onikeku



Fasciné à la vue d’un homme se livrant à des acrobaties, c’est âgé d’à peine cinq ans que Qudus Onikeku, né en 1984 à Lagos, tente de l’imiter et se met en mouvement. Adolescent, il se forme au sein des Ballets du Nigeria, où il se lasse rapidement de la gestuelle répétitive des danseurs traditionnels nigérians. Il suit alors des stages de danse contemporaine et rejoint, en 2003, la compagnie d’Heddy Maalem, pour lequel il interprète notamment Le Sacre du printemps. Son apprentissage de l’acrobatie au Centre national des Arts du cirque (CNAC) de Châlons-en-Champagne, mais aussi du hip hop et de la capoeira, lui permet de s’affranchir des vocabulaires chorégraphiques codifiés. La forme l’intéresse en effet moins que le sens et l’intensité du présent partagé, avec ses compagnons et avec le public, pendant le temps de la représentation. Réfléchir l’art et le monde d’un point de vue qui lui est propre, façonné par ses origines mais aussi par la réalité internationale de son activité, voilà ce qui anime vraiment Qudus Onikeku. Depuis quelques années, il développe une danse puissante et ciselée, occupant l’espace à la manière d’un arpenteur et d’un guerrier. Inspiré par la culture yoruba, l’un des plus anciens peuples d’Afrique, en questionnement perpétuel sur l’histoire du Nigeria, Qudus Onikeku explore les relations complexes entre individu, mémoire, corps et Histoire. QADDISH est le dernier volet d’une trilogie composée d’un solo sur la solitude, My Exile is in my Head et d’une pièce sur la tragédie de l’Histoire, STILL/life, dont une première version avait été créée avec Damien Jalet en 2011 au Festival d’Avignon dans le cadre des Sujets à Vif.

www.qudusonikeku.com

Entretien avec Qudus Onikeku
QADDISH est le dernier volet d’une trilogie. Quel est le fil conducteur entre vos trois dernie`res créations : My Exile is in my Head, STILL/life et QADDISH?

Qudus Onikeku : L’idée d’une trilogie cohérente est apparue au fil des créations, plus précisément après STILL/life : chaque pièce réclamait en quelque sorte la suivante. Dans la première, My Exile is in my Head, il était question de solitude extrême et d’exil. Dans STILL/life, je m’intéressais à la tragédie de l’Histoire et aux façons dont on peut y échapper ou pas. Pour QADDISHj’ai décidé de travailler sur l’idée de mémoire, de généalogie et de tradition. L’histoire du Nigeria, ou plutôt l’histoire officielle du Nigeria telle qu’on peut la lire dans les manuels scolaires, m’interroge beaucoup. Le Nigeria que l’on connaît a moins de cent ans : il existe depuis 1914, date à laquelle le Britannique Frederick Lugard unifia deux territoires, le Nigeria du Nord et le Nigeria du Sud, dans la nouvelle colonie du Nigeria. La formation de celle-ci résultait de transactions commerciales, dont je ressens, dans mon corps, qu’elles ne sont pas mon histoire. Il s’agit donc de prendre de la distance avec cette histoire telle qu’elle est racontée, avec la politique qui façonne nos identités. Pour moi, la solitude permet de trouver un état brut, hors contexte, affranchi des récits. Avec My Exile is in my Head, j’ai cherché à éprouver une présence radicale, afin de rencontrer le corps et l’être qui est dans le corps, presque enterré. Pour pouvoir trouver ce corps, il faut s’échapper de son histoire, de ce qu’on nous a transmis. J’ai donc poursuivi ce cheminement sur une voie plus politique dans STILL/life : comment l’Histoire peut-elle à ce point être imprimée en moi alors que je ne la connais même pas? Comment sommes-nous empêtrés dans tout cela?

Qu’en est-il alors du propos de QADDISH? Est-il plus intime?

QADDISH trouve sa genèse dans mes interrogations sur ma généalogie. Mon père a quatre-vingts ans et va probablement bientôt nous quitter. Au lieu d’attendre ce moment-là pour honorer sa mémoire, je voudrais la recevoir avant qu’il ne parte.
Je souhaite utiliser la mémoire de mon père comme une prolongation de moi-même, de ma propre mémoire. Lorsque je danse, j’ai la sensation que mon corps transporte une mémoire qui me dépasse, mais qui s’échappe dès que je cesse de danser. Je ne suis pas sûr de trouver des réponses dans les quatre-vingts années de vie de mon père, mais je pense qu’elles peuvent être un véhicule, le début d’un voyage qui nous emmène tous les deux encore plus loin dans l’Histoire. Il était lui-même enfant quand ses parents sont morts. Il est né dans un pays occupé, alors que son père, lui, a vécu l’arrivée des colons. Dans la mesure où je suis né dans un pays dit «libre», j’ai à cet égard plus de choses en commun avec ce dernier, qui a vécu une partie de sa vie hors de l’histoire coloniale.

Comment s’est déroulé cette quête?

J’ai commencé par un voyage avec mon père à Abeokuta, sa ville natale, d’où viennent également le chanteur Fela Kuti et d’autres grands artistes nigérians. Je souhaitais y faire des recherches sur la tradition yoruba, en particulier sur les masques qui nourrissent, depuis longtemps, mon travail artistique. La tradition de ce peuple, qui est l’un des plus anciens d’Afrique, n’est pas qu’une affaire spirituelle ou transcendantale : elle repose sur toute une série de codes. Avec tous ces codes, je veux essayer de créer une danse, un langage. À partir de cette tradition, je souhaite inventer une fiction, une proposition poétique.
Au cours de ce voyage, Charles Amblard a enregistré beaucoup de sons, de moments que l’on retrouvera peut-être sur scène. Mais l’important n’était pas tant de ramener des matériaux que d’être là-bas, de trouver un état, des essences, quelque chose dans la culture yoruba qui n’a rien à voir avec le monde d’aujourd’hui. Trouver ce qui, dans cette tradition, peut modifier le corps.

Vous êtes également parti en Malaisie. Le voyage est-il un élément important dans votre processus de création?

Quand je prépare un spectacle, le voyage est en effet très important. Je me déplace beaucoup, en Malaisie et dernièrement aux États-Unis, car cela fait partie du processus de création. C’est le même corps, le mien, qui danse chaque spectacle. Pour changer l’espace et la danse, il faut donc faire entrer le corps dans une autre dimension. Ma danse vient surtout de l’inconscient, de couches de mémoire qui recouvrent mon corps et dont je ne suis pas conscient. Les voyages me permettent d’éplucher ces couches pour atteindre quelque chose de profond. En travaillant sur des états de conscience, je travaille sur des états de corps et modifie ainsi ma danse. En Malaisie, par exemple, j’ai pu rencontrer des gens, des énergies qui me sont proches tout en restant étrangers. On trouve là-bas des philosophies, des traditions, en particulier celles du masque, qui sont assez similaires à celles du Nigeria et cependant, tout y est différent. Le hasard participe, bien entendu, de ces voyages : je ne serais jamais allé en Malaisie si on ne m’avait pas proposé une résidence là-bas!

Les masques que vous évoquez occuperont-ils une place dans votre pièce?

Le masque m’intéresse moins en tant qu’objet qu’en tant que véhicule et expression d’une philosophie. Dans les cérémonies qui mettent en scène les masques dans la culture yoruba, le « spectacle » commence bien avant l’événement, des semaines en amont. Dans mon travail, je considère que la représentation n’est qu’un événement parmi d’autres du spectacle. Tout commence bien avant la lumière qui s’éteint… Je ne sais donc pas si les masques seront sur scène. Ce que je sais, c’est qu’ils sont bien plus que des objets de décor ou de simples accessoires.

Pourquoi avoir intitulé votre spectacle QADDISH?

Ce titre vient d’un jeu avec mon prénom. Le terme «Kaddish», qui désigne la prière juive pour les morts, signifie «saint», mot qui, en arabe, se dit «Quds» ou «Qudus». Voilà pourquoi j’ai orthographié le titre de la pièce QADDISH et non pas KADDISH.
Sur les raisons plus profondes de ce choix, tout est parti du Kaddish de Maurice Ravel, absolument extraordinaire. Les oeuvres sacrées, de manière générale, me touchent beaucoup. En entamant davantage de recherches sur la thématique, j’ai découvert que le Kaddish avait la même signification que le Notre Père dans la liturgie catholique et que la Fatihamusulmane. Il s’agissait donc d’un thème universel. Dans QADDISH, je veux suggérer que mon père, c’est aussi notre père, notre passé, notre mémoire à chacun et qu’Abeokuta, la ville où nous sommes partis sur les traces de notre mémoire, pourrait aussi bien être n’importe quel autre lieu, Babylone ou Athènes par exemple. Même si mes spectacles trouvent leur origine dans quelque chose de très personnel, je ne veux pas parler de mon histoire en particulier. Je veux parler de nous tous. Une oeuvre de Maurice Ravel sera, entre autres, interprétée sur le plateau par le violoncelliste Umberto Clerici et la soprano Valentina Coladonato, deux musiciens que j’ai rencontrés en 2011 à l’occasion d’une création avec un orchestre classique en Italie. Sur scène, Charles Amblard et Emil Abossolo Mbo seront également présents. Et quelque part, dans la salle, il y aura sans doute mon père, qui m’a accompagné pendant toute la durée de la création.

Pouvez-vous nous parler un peu de la culture yoruba? En quoi vous inspire-t-elle?

Ce qui m’intéresse le plus dans cette culture, c’est un rapport spécifique au temps, un questionnement qui compte parmi mes obsessions. Le temps n’y est pas appréhendé de façon linéaire : les notions de passé, de présent et de futur n’ont pas beaucoup de sens. Par conséquent, le travail de mémoire n’est pas uniquement rétrospectif : ce n’est pas une pelote de laine que l’on déroule. On ne peut pas se contenter de regarder le passé pour comprendre le présent. Car le passé change selon qui le regarde, selon qui le manipule. De la même façon, prévoir le futur à partir du présent ne rime à rien. C’est pourquoi, dans la philosophie Yoruba, il y a au moins cent récits sur les débuts du monde. Ils sont tous différents et tous vrais. Si quelqu’un raconte une histoire, on considère que c’est la sienne et qu’à ce titre, elle est véritable et digne d’intérêt. Il y a quelque chose de très démocratique dans cette philosophie. La culture yoruba développe aussi des liens très intéressants entre les notions de spectacle, de souvenir et d’instant présent. Les mots «spectacle» et «souvenir» ont la même racine, tout comme les mots «image» et «maintenant». Plus que le contenu communiqué, c’est le présent partagé qui est important. Cette idée me plaît beaucoup : pendant mes spectacles, tous les pores de ma peau transportent des radiations, de la mémoire. Il ne s’agit pas de comprendre quoi que ce soit, mais d’être là maintenant. Et dans ce «maintenant», il n’y a rien à analyser, il n’y a que de l’expérience à vivre.
J’ai le sentiment qu’en Europe, on recherche toujours un mode d’emploi alors que parfois, pourtant, moins on fait d’efforts et plus on comprend. Il faut donc savoir se relâcher pour accéder à l’événement, être humble, comme je le suis sur scène. Je dois être présent. Apaiser le temps, le public, contrôler l’énergie pour que l’on puisse faire le voyage ensemble.

Pourtant, vos pièces sont traversées par de multiples récits et de multiples influences…

La connaissance, ce n’est que du passé qui s’est immiscé dans le présent, mais ça n’est pas le spectacle pour moi. Il faut se départir de tout ce que l’on a appris. Je dis régulièrement à mes étudiants : «Votre mémoire constitue des bagages. C’est lourd, alors sur scène, il faut l’oublier.» Tout comme les techniques que l’on a pu apprendre : pour moi, la capoeira, le hip hop, la danse africaine, etc. Sur scène, je peux être vide. L’espace peut alors entrer en moi. C’est aussi ce que je demande au public : être vide. S’il n’est pas vide, ou disponible, je ne peux pas rentrer en lui et si je ne rentre pas, le rituel ne marche pas. De la même manière, je suis chaque soir vide de la mémoire d’hier, des représentations précédentes : c’est à chaque fois une nouvelle expérience avec des gens nouveaux. C’est pourquoi l’improvisation est importante dans mes pièces. Et c’est pourquoi il y a rarement des surtitres : je ne veux pas que l’on s’arrête sur du discours, que l’on s’interroge sur ce qui est dit. L’enjeu n’est pas de l’ordre de la compréhension. C’est exactement comme dans la poésie ou dans la musique classique : je cherche du ressenti. Une conscience cosmique, dont on ne peut avoir qu’une perception, mais certainement pas de compréhension.

Existe-t-il selon vous une danse contemporaine africaine?

Ce qui m’intéresse, c’est de puiser dans nos cultures pour créer aujourd’hui. Je m’intéresse à tous ces artistes qui ont créé des masques, à ces gens qui ont pensé la philosophie yoruba, à tout ce qui a été détruit, effacé ou qualifié de démoniaque par le christianisme. Je veux exhumer cette philosophie et la faire vivre au présent sur une scène. Est-ce que cela donne pour autant de la danse contemporaine? Peut-être. Mais au-delà des étiquettes, ce qui m’intéresse est purement artistique et philosophique : comment se ré-ancrer dans nos cultures d’origine et dialoguer avec le monde.

Propos recueillis par Renan Benyamina

THEÅLA^TRE BENOI^T-XII
durée estimée 1h - spectacle en anglais surtitré en français - création 2013
6 7 8 9 1 0 1 2 1 3 À 17H
conception et chorégraphie Qudus Onikeku dramaturgie Emil Abossolo Mbo scénographie et lumière Guillaume Fesneau, Aby Mathieu son CleÅLment Marie Mathieu
avec Emil Abossolo Mbo, Qudus Onikeku
la soprano Valentina Coladonato et les musiciens Charles Amblard, Umberto Clerici
production Compagnie YKProjects
coproduction Festival d’Avignon, Parc de la Villette (résidence d’artistes 2013), Musée de la danse/Centre chorégraphique national de Rennes et de Bretagne, Théâtre de Grasse
accueil en résidence au Centre national de la Danse (Pantin), au Rimbun Dahan (Kuala Lumpur), à l’University of California (Davis) dans le cadre de Grenada Artist in Residence et à la compagnie Systeme Castafiore (Grasse)
avec le soutien de la Région Île-de-France, de la CCAS, de la Spedidam et du Ministère de la Culture et de la Communication DRAC Île-de-France
Le Festival d’Avignon reçoit le soutien de Total pour l’accueil de ce spectacle.
&
AVEC LA CCAS, DANS LE CADRE DE CONTRE COURANT
MY EXILE IS IN MY HEAD
15 juillet à 22h - ROND-POINT DE LA BARTHELASSE
chorégraphie et interprétation Qudus Onikeku texte Zena Edwards lumière Guillaume Fesneau
(voir page 163)
TERRITOIRES CINÉMATOGRAPHIQUES
UTOPIA-MANUTENTION
(voir page 147)

Jun 17, 2013

A journey with GAO, my father...

A journey with GAO, my father...

...(excerpt) An image came to my mind. Not an image I constructed on my own, but that which gradually builds after an expanded moment of silence. It's the image of a path, not a straight path, but a set of dots that I'm trying to link, one to another.
Then I wrote to my father.
From far beyond eternity's borders
Where no god, or goddess, nor demon can go

Whence I summoned the unemotional voice:

It howled like a tempest through the star-spangled skies
Like thunder upon the plains
Re-echoing through the valleys and gorges
And shaking the great barren crags
Like trees in a gale.
Bolt after bolt of crashing lightening across the skies.
Of the Highest of the very High.

'Our father', I wrote.

'This is not a letter but a telegram,
what will you say if I invite you for a journey?
A journey to your Home; Abeokuta.
Just you and I, a long journey towards memory lane,
We shall leave far behind, that maddening noise of modern city jive,
And hurry home where tribal elders live;
Where you could perhaps tell me more about you,
About our name, about my ancestors,
About the remaining memory left with you -
There, beneath flat-topped iroko trees,
Where nestling birds with many tongues argue,
And flaming aloes bless the smiling breeze with heady scent.

There I shall sit before aging elders,
Who shall relate to me the tales of Yore,
There I shall kneel and hear legends of those-that-lived-before.
There I shall live in spirit,
Once again in those great days now gone forever more;
And see again upon the timeless plain,
The massed armies of so long ago!
The words of men long dead shall reach my soul,
From the dark depths of all-consuming Time.
Which like a medicine, shall inflame my whole -
And guide my life's canoe to shores sublime.
On This journey between the both us
- Us who are so different and so alike -
Clear with soul's time penetrating eye.
I shall see great empires rise, flourish and die.
I shall see deeds of courage or of shame,
Now carved forever on the drums of fame: 
A testament that I'll then put into form, to make a Dance'.

A dreadful silence fell upon my earth. And my troubled heavens were stilled, while my sea, which had been devouring, with its wavy vast areas of land, retreated to its coast, shamefully like a boy caught in an act of naughtiness.
This might smell like a move to moralize my own paranoia, which is made all too obvious by the states I often catch myself these days, the reasons for which are mostly obvious to me, and me alone perhaps; that of melancholy, of loneliness, isolation, voluntary exile… Not that these reasons worry me so much, since they are, after all of my own making.

This year, Our father turns 80 years of age, and just suddenly, I entered a state of tranquil acceptance that Our father is aging, and that he now lives with the eternal presence of death staring him in the face. That brought me to examine my relationship with him.
I know very little about Our father and his past, nor will he recount, but it is to be hoped. What I was hoping for was to set Our father's existence, viewed as the potentiality of my own being, to be able to capture a memory that I have long lost, and I also have the feeling that even Our father cannot remember, and have not bothered himself of the importance of such memory.

The reason known to me; being that Our father was born in a country under negotiation, but I was born in a free land. He however, did surprise me with a no less indiscreet reply by proposing to take me to Abeokuta.
An opportunity opens, to pry into the Onikeku lineage, the first scoop of the spade towards the much, much deeper trench that I still have to dig out, clod by clod, from one end to the other, for there to be something to swallow me up completely in my moralizing paranoia. Though maybe I am not digging in the ground, but rather in the air, because there, one is unconfined, there, one could appear more insane than radical, and could eventually be left alone without unnecessary attentions, after all, others had engaged in similar quest in the past, and have been left alone.

It is to be a continued digging of the grounds other sons of the soil like Amos Tutuola, Wole Soyinka or Fela Kuti had dug for me, but simply because they did not get to our family house in Ago Owu, then I considered their work unfinished.
Hastily and without a hint of diabolical mockery, just like that I grabbed the tool from them and now, in my hand, here, I am left alone, standing here now, to finish up from where they left it, and that should explain why I have so much déjà vu. All my flashes of recognition are merely recognitions leading towards their recognition, and whatever I do or manage to dig out, will only become, but a recognition within me, that will lead me back to my dotted path...

QADDISH premiers in July 2013. At Avignon festival.

May 9, 2013

Revue de STILL/life


« Still/Life » de Qudus Onikeku. 

La Maison de la Danse invite à Lyon, dans le cadre du festival La Maison Sens Dessus Dessous, le stupéfiant danseur nigérian Qudus Onikeku.
Still/life, les 25 et 26 mai au Nouveau Théâtre du Huitième, 22 rue commandant Pégout-Lyon 8.

Danse - Qudus Onikeku - © Sarah Hickson
(© Sarah Hickson)

Still life signifie “nature morte”. Ce n’est pourtant pas une corbeille de fruits que peint Qudus Onikeku dans son spectacle. Séparant les deux mots d’un slash (Still/life) c’est sur la brèche qu’ouvre leur combinaison, “encore ici, en vie” que le danseur tisse de multiples variations. Les tragédies de l’histoire africaine traversent sa pièce comme autant de touches chromatiques, de fragments composant un ensemble abstrait. Pas de récit, encore moins de commentaires : Qudus Onikeku est le maître d’une cérémonie brute et virtuose qui pose cependant une question : «qu’est-ce qui fait qu’un homme peut se transformer subitement en monstre ?». La transformation d’une victime en bourreau, le tiraillement et les conflits intérieurs sont les motifs du rituel, traités comme des inspirations chorégraphiques plutôt que comme des thèmes documentaires. Formé à l’acrobatie, aux danses traditionnelles de son pays (le Nigéria) ainsi qu’à la danse contemporaine, Onikeku s’affranchit des styles et atteint un état de présence magique, subjuguant d’intensité. Sa danse est tout à tour féline et tellurique, il dévore l’espace avant de se replier, mutique ou provocateur, sur lui-même. Pour trouver ces états de corps uniques, il voyage beaucoup. Il emprunte à la philosophie yoruba, dont il se revendique l’héritier, ses préoccupations : la pluralité des mémoires, la non-linéarité du temps, le présent comme lieu ultime de la relation. Et la confronte, au fil de ses recherches et créations, aux cultures du monde entier. Un monde entier qu’il ramène, dans Still/life, sur quelques mètres carrés. L’espace y est borné par une conque de panneaux comme autant d’écrans sur lesquels la lumière peut se réfléchir et des images mentales se projeter ; une toile en morceaux, une mémoire éclatée en bris de verre entre ordre et chaos. Qudus Onikeku évolue dans ce décor sur la musique live de Charles Amblard et le chant, entre cris, ode et implorations, de Habeeb Awoko. À ce stade de complicité entre les trois hommes, on ne peut plus guère parler de solo ; chacun répond au souffle et à l’énergie de ses compagnons, dans un échange à la fois extrêmement réglé et ouvert à chaque instant à l’improvisation. Still/life, pièce créée dans une première version avec le danseur chorégraphe Damien Jallet, est une bonne occasion pour découvrir cet artiste unique et prometteur avant son prochain spectacle, Qaddish, présenté au Festival d’Avignon.

Jan 31, 2013

Tours and Calendar

Calendar 2012/2013.




3 - 12 January     - WIP La Villette (Creative residency STILL/life)
13 January          - WIP La Villette (Public Presentation STILL/life Work in Progress)
16 - 20 January   - CND Pantin (Creative residency STILL/life)
24 - 27 January   - Theatre de l'Agora. Evry (Creative residency STILL/life)
30/01 - 04/02      - CND Pantin (Creative residency STILL/life)
06 - 11 February - CND Pantin (Creative residency STILL/life)
14 - 16 February - L'Arc Scène Nationale Le Creusot. (Show My Exile is in my Head + Screening Do We need ColaCola to Dance?)




19 February       - The Performing Art Market - Yokohama (Show - STIll/life work-in-progress version)
20 February        - Institut Française Tokyo (Show - STILL/life work-in-progress version)
18/02 - 04/03      - Theatre Bretigny Val d'Orge (Creative residency STILL/life)
12 - 16 March     - Centre Culturel de Porte de l'Essonne Athis Mons (Creative residency STILL/life)
17 March            - Théâtre Arlequin de Morsang sur Orge (Show My Exile is in my Head)
19 - 21 March     - Festival International CDC Toulouse (Show My Exile is in my Head)
19 - 23 March     - Centre Culturel de Porte de l'Essonne Athis Mons (Creative residency STILL/life)
24 March            - Centre Culturel de Porte de l'Essonne Athis Mons (Premiere STILL/life)
25 March            - Theatre Bretigny Val d'Orge (Show 2 STILL/life)
30 March            - Théâtre des Ulis (Show 3 STILL/life)
31 March            - Théâtre de la vallée de l'Yerres. Brunoy (Show 4 STILL/life)




27 April - Speaking at the TEDxIfe conference in Ife, Osun state. Nigeria.
5 May - Festival La Voix est libre @Theatre Garrone. (Improvisation with Dieudonné Niangouna)
10 May - Festival La Voix est libre @Bouffes du Nord. (Improvisation with Dieudonné Niangouna)
17 - 29 May - ADC Geneva  (research residency)
29 May - 1 June - Modul Dance Festival. LUJBIJANA SLOVANIA (Show STILL/life)
18 June - Prize giving for PRIX SACD in Paris - Awarded the NEW CHOREOGRAPHIC TALENT
22 June - 1 July - Festival Platform Kinshasa (Show STILL/life)
1 July - 7 July - Lagos/Abeokuta (Research QADDISH - Creation 2013)
7 - 11 August - Dancing in Levée des conflits by Boris Charmatz Hamburg. Germany.
14 August - 24 August - Festival Correios em Movimento Rio De Janeiro (Show My Exile is in my Head)
My Exile is in my Head - MC theatre Amsterdam. 25 - 26 September
My Exile is in my HeadParktheater Eindhoven. Netherlands. 27 September
My Exile is in my HeadBijlmer Parktheater Amsterdam Zuidoost. 28 September
Modul-Dance conference - Tilburg Netherlands. 1 - 3 October
My Exile is in my Head - Albany Deptford. London. 4 October 
My Exile is in my Head - Dukes Theatre Lancaster. 6 October 
My Exile is in my HeadLakeside Arts Centre Nottingham. 11 October
My Exile is in my HeadDrum Theatre Birmingham. 13 October
My Exile is in my Head - Contact Theatre Manchester. 16 October
My Exile is in my HeadThe Courtyard Theatre, Hereford. 18 October 
My Exile is in my Head - Sherman Theatre, Cardiff. 20 October




QADDISH (Research residency) - CND - Pantin. France 2 - 12 November 
Africa initiative Group conference - Yamoussoukro Ivory Coast. 15 - 18 November
QADDISH (Research residency) - Rimbun Dahan. Kuala Lumpur 20 November - 15 December
QADDISH (work -in-progress) - Dancebox. Kuala Lumpur 22 November
QADDISH (work -in-progress) - IB Theatre Conference - TaPS. Kuala Lumpur 2 December
Do we need colacola to dance? (film screening) Alliance Française de Kuala Lumpur 5 December
QADDISH (work -in-progress) - Nyoba Kan Festival. Kuala Lumpur 7 - 8 December

2013



Visiting professor + QADDISH Research residency - University of California. Davis. 6 Jan - 10 March 2013
FLASH (New creation with students) - University of California. Davis. 7 January - 6 March 2013

STILL/life - Festival Hors Saison - ARCADI. La Ferme du Buisson. Noisiel. 24 - 25 February 2013
QADDISH (work in progress) - University of California. Davis. 7 March 2013
FLASH (Premiere) - University of California. Davis. 7 - 10 March 2013
QADDISH (Research residency) - Yerba Buena Art Center. San Francisco.11 - 15 March 2013
STILL/life - Maison de la Danse. Lyon. 24 - 25 May 2013
Levée des conflits by Boris Charmatz - Montreal. 27 - 31 May 2013
QADDISH (work -in-progress) - ConnexionKin. Kinshasa 2 - 8 June 2013
QADDISH (creation residency) - WIP La Villette. 10 - 22 June 2013
QADDISH (Production residency) - Theatre Benoit XII. Avignon24 June - 5 July 2013
QADDISH - Premiere in Theatre Benoit XII. Avignon. 6 - 12 July 2013

Aug 23, 2012

QADDISH: A memorial


            An image came to my mind. Not an image I constructed on my own, but that which gradually builds after an expanded moment of silence. It's the image of a path, not really a straight path, but a set of dots that I'm trying to link, one to another.

It was two generations before my father's, that began a series of amnesia, in which I have inherited and now struggling to remember. Willingly or not, I can do nothing else. When I dance I get flashes and I remember, but this remembering escapes me as soon as I stop dancing...
But I have to remember, though I don't know why I have to, what will be the object of this remembering? Perhaps to see if, in answer to the question 'who are you in the world?' with my great grand father – that Owu warrior – in mind, I'd say without qualification, ‘I’m a descendant of warriors'? Or to determine if, to such question I could reply that I was someone else's property, the matter on which someone else exercised right of arrogation, the object that in the hands and mind of another once received the form of a thing.
            ...Then, what is this thing,
            and why must this thing remember?
            An anxious flight from boredom? A desire to be free from oneself and from one's pitiful existence? What is this theatre other than that of a long finger that stops, looks around, points and pokes at somebody – anybody blameworthy – pours out its feelings, and returning to contact, presses, wounds, crouches and chews up, swallows, digests and... Excretes?
            Yes! Excretes, this filthy excrement is what remains of this long probing finger, loaded with our blood line, through this excrement we know what have murdered us, it is the compressed sum of our evidence, the age old seal of that arduous process of digestion, without which, all would remain hidden forever.

Jul 19, 2012

Interview for Afrovibes

A dancer who leaves his imprints on the Stage: 



by Liesbeth Tjon A Meeuw

Qudus
Dance has always been at the centre of the Afrovibes Festival. This year's visitors should not miss the strong dance piece My Exile is in my Head by emerging choreographer and dancer Qudus Onikeku (1984). He is a performer from Nigeria who is spreading his art via France to the rest of the world. The performance he will present at Afrovibes is inspired by the writings of Wole Soyinka, winner of the Nobel Prize for Literature in 1986, as well as by his own experience of living far away from home.

The performance is introduced in Qudus' own voice. He talks about how he used to hide in the attic of his family's house, where he tried to create a space for himself. 'I didn't want to create a dialogue in which I address the audience. I wanted to create an interior monologue. This part is like an intimate diary. It is a memory from my childhood that permits me to deal with certain discoveries about solitude', he explains.

Qudus Onikeku was born and raised in Lagos, one of the most crowded cities on earth. During adolescence he gave up his talent for science to switch to the performing arts. This choice in the end brought him to France where he was given the opportunity to take his dancing skills one step further. The change was huge for the young dancer. 'I lived alone in a very small town called Châlons-en-Champagne where I attended the National Centre for Circus Arts. At the age of seventeen I lived in an apartment alone. Before that time I had never even been outside my hometown.' He began to write, as he would talk to himself, and this became the starting point of his authentic manner of expression. 'The longer I remained abroad, the closer I got to Nigerian reality.'

It is not surprising that the prison notes of famous writer Soyinka touched him and became his source of inspiration for My Exile is in my Head. He explains why: 'His expressions of extreme solitude strongly echoed my feelings of exile.' Onikeku refers to the book The Man Died which Soyinka wrote while he was in jail during the civil war in Nigeria in the late 1960s. 'I aimed to create a monologue in which I would use movement instead of words. The structure of Soyinka's book is like a poetic movement. It is not a book with separate chapters or scenes. That is also how I see my performance. Instead of using text as a narrative, I let words appear in my work like a flash, like emotions that pass through the movement.'

The result is a dance solo that integrates live music, lighting effects and video. Onikeku premiered the piece in Paris two years ago. He also performed it on the African continent in places like Johannesburg and Bamako. A review in The South African called the dance piece 'sophisticated, slick and enjoyable'. Artslink.co.za wrote: 'In a country where we have a big expatriate community and xenophobia riots, it is psychologically interesting to go on this journey with him'. The theme of being in exile far from home is still very much present in Onikeku's life. However, now he has managed to turn the pain of it into something that is beneficial to him. 'It would be different if I would be living in a country like the UK or the United States, because there are large Nigerian communities. Here, in France, I have retained and perhaps even nurtured my sense of solitude and loneliness. It is the feeling of being a foreigner that keeps me at a healthy distance. As an artist I need that. So France to me is the right place to be right now. I can keep that distance and yet enjoy a lot of support for my work.'

The French audiences will see much more of the young artist because My Exile is in my Head is the first part of a trilogy. He already presented the second part and the third will premiere next year at the prestigious Festival d' Avignon. Onikeku explains how he incorporates all those global influences: 'While my artistic upbringing took place at the boundaries of different cultures, I try to erase all these different encounters and live with only the imprints they've made on my body. It is through the memory of my body that I search for my own style of movement.' Over the past five years the essence of his experiences has become clear to him: 'I have been occupied with the existential questions and this has paved the way for the discovery of my authentic self. You can find those deep insights not only in my work on stage, but in everything around me. I am the piece.'

This September the dance piece My Exile is in my Head by Qudus Onikeku will be performed during the Afrovibes Festival in Amsterdam and Eindhoven, to then continue its tour in the UK leg of the festival in October.

Afrovibes is a biennial festival presenting (South) African dance, music and theatre. The festival takes place in South Africa, the United Kingdom and the Netherlands.

Mar 4, 2011

UN CORPS EN EXIL

« UN CORPS EN EXIL » Entretien par DAGARA DAKIN, traduit de l'anglais par Latifa Aït Naceur.

Article issu du N°1286-1287 (numéro double), juillet-octobre 2010 : Les migrations subsahariennes
Rubrique : Article de dossier

« L’exil, s’il constitue étrangement un sujet de réflexion fascinant, est terrible à vivre. C’est la fissure à jamais creusée entre l’être humain et sa terre natale, entre l’individu et son vrai foyer, et la tristesse qu’il implique n’est pas surmontable. » Edward W. Said, Réflexions sur l’exil, éd. Actes Sud, p. 241

Diplômé du Centre National des Arts du Cirque (CNAC) de Châlons-en-Champagne, en tant que danseur acrobate, Qudus Onikeku a été interprète pendant plus de dix ans sur la scène chorégraphique de la capitale nigériane Lagos. Il est, entre autre, à l’initiative - au printemps 2008 - d’un projet au titre évocateur « Do we need Cola Cola to dance ? » qu’il a mené avec une équipe composée d’un photographe, d’une danseuse et d’un vidéaste. Ce projet de danse dans la rue l’a conduit dans sept villes du continent africain. Interprète dans les créations de Heddy Maalem, notamment Le sacre du printemps en 2009, il a tourné en Europe, aux Etats-Unis et au Brésil.

De décembre 2009 à mai 2010, il était en résidence au 104 à Paris, nous l’avons interroger son approche de la notion d’exil, thème qui sous-tend son spectacle intitulé « My Exile is in my head »


Dagara Dakin : Pouvez-vous nous raconter en quelques mots votre parcours, comment vous êtes devenu danseur ?


Qudus Onikeku : J’ai grandi en faisant des acrobaties, en voyant autour de moi les gens faire des « flips », j’ai surtout vu faire des flips arrières। Alors j’ai commencé à les imiter. Je faisais des séries de cinquante à la suite. Je le faisais surtout à l’extérieur car au domicile familial c’était difficile. Je suis le dernier d’une famille de treize enfants et tous me sommaient de m’arrêter de peur que je ne me fasse mal. C’était leur façon de me protéger. J’étais le plus jeune et cela me frustrait car j’avais très envie de faire des acrobaties chez moi. Alors à la moindre occasion, quand on m’envoyait faire des courses, sur le chemin de l’école, je m’exprimais à travers les acrobaties.


D. D : Quelle place a pris la danse dans votre scolarité ?


Q. Onikeku : À l’école, il y avait ce qu’on appelle « les clubs », des lieux d’expression en quelque sorte। Des membres du « clubs » dédié à la culture « Cultural club » étaient venus dans ma classe et m’avaient proposé de les rejoindre. Ils recherchaient des individus qui aient un don artistique du type chant, danse etc. et lorsqu’ils m’ont parlé d’acrobatie, alors j’ai tout de suite souhaité participer. Au sein de ce « Cultural club », je me suis petit à petit intéressé à la danse et j’ai décidé de m’impliquer aussi dans cette discipline.


D. D : Vous avez donc très tôt fait le choix d’une filière artistique…


Q. Onikeku : J’ai été plutôt surpris, car étant inscrit à l’école dans une filière plutôt scientifique j’avais l’impression que des disciplines telles que la danse n’étaient peut-être pas compatible avec ma filière d’origine। Mes parents pensaient d’ailleurs la même chose et jusqu’à la fin du lycée ils m’ont surtout demandé de me focaliser sur les études scientifiques. Je me suis donc beaucoup moins impliqué dans la danse que je considérais comme un divertissement. A 16 ans, j’ai quitté le lycée et là, j’ai pu reprendre la danse plus sérieusement. C’est à ce moment là que j’ai décidé de devenir danseur professionnel.


D. D : Vous venez de clore une résidence de 6 mois au 104 comment vous êtes vous retrouvé dans ce lieu ? Pouvez-vous nous dire comment est né le projet « My Exile is in my head » ?


Q. Onikeku : Le 104 a fait un appel à projet et j’ai postulé. C’était en 2008, année d’ouverture de ce lieu culturel, je finissais mes études au CNAC. Je pensais à ce moment là à traiter de la question des Sans-abri et de la notion de « homeless », d’être sans domicile fixe, le fait d’être toujours un nomade, à la recherche d’un lieu. C’est de là qu’a émergé le projet.

Le titre m’est venu au cours des mois d’avril, mai 2009। Je pensais à cette chose que l’on nomme « Home », la maison. Je me suis posé la question de savoir ce qu’était mon chez-moi. Et en pensant à mon enfance, au caractère polygame de la famille au sein de laquelle j’ai évolué, je me suis rendu compte que très jeune je cherchais déjà ma place.


D. D : Qu’est-ce que l’Exil dont parle le titre de votre spectacle et comment traduire ce concept dans la discipline qu’est la votre?


Q. Onikeku : L’Exil que j’évoque n’a pas seulement à voir avec le fait de voyager, en réalité il a plus trait à un questionnement sur soi, une recherche pour aller à la rencontre de soi, pour se créer selon l’image qui convient à soi-même, de définir ce que l’on veut pour soi-même. L’Exil est selon moi, un passage obligé pour tout artiste. Ça correspond parfois à cette période de la vie où l’on commence à être incompris des gens qui nous entourent, alors commence parfois le genre d’Exil dont je parle.

De nos jours nous vivons dans une société qui nous oblige à nous positionner par rapport à tel ou tel courant politique, religieux etc।, à savoir dire à quel pays nous appartenons. Alors, j’ai moi-même ressenti le besoin de définir d’où je venais ; Mais cette idée me perturbe, je n’aime pas l’idée de devoir appartenir à tel ou tel groupe, qu’il soit ethnique, religieux, politique, etc.


D. D : Votre approche est donc très personnelle même si vous vous êtes nourri de la lecture d’auteurs tels que Wole Sonika, Olu Oguibe ou encore Edward Saïd.


Q. Onikeku : Je ne suis pas à l’aise avec cette idée de définir le reste de l’humanité qui m’entoure comme « les autres »। Voilà, pour moi l’idée de l’exil, c’est de n’appartenir réellement à aucun groupe. Mais attention, je ne souhaite pas que l’on assimile cela à une sorte de « crise existentielle » car ce n’est vraiment pas le cas ici. Je suis, disons, dans une dynamique qui va me permettre de porter attention à la moindre partie de ce qui fait mon « MOI ». Je suis nigérian, je suis yorouba, je suis africain, je suis hétérosexuel, je suis musulman, je suis danseur, je suis tout ça à la fois, aussi pour moi ça ne fait pas sens de ne m’attacher qu’à un seul aspect de ma personnalité. Je ne veux pas avoir à choisir un aspect au détriment des autres. Evidemment, à un moment donné on est obligé de choisir, par la force des choses, de se définir par rapport aux « autres ». Je veux être dans la vie à part entière.


D. D : Il n’est donc pas question d’un exil politique ...


Q. Onikeku : Souvent, le thème de l’exil est associé à une idée politique – évidemment, on ne peut pas nier cet aspect – mais j’ai souhaité lui donner une autre dimension। En tant que danseur j’avoue que j’éprouve une certaine difficulté à m’exprimer avec les mots, et mon corps est pour moi le meilleur outil d’expression. Via la danse j’exprime ce que je suis. On pourra distinguer dans ma danse des éléments de hip-hop, de capoeira, de buto, de danse contemporaine. Ce corps est ce que j’appelle « un corps incarné » parce qu’il s’alimente de différentes choses, différents styles pour finalement n’en faire qu’un.


D. D : La danse vous paraît donc être approprié pour traiter ce thème ?


Q. Onikeku : Le thème de l’Exil pourrait d’après moi, se décliner en une multitude d’expression artistique, autre que la danse, si je voulais aller plus loin dans la réflexion. Je pourrais utiliser l’écriture, la vidéo, la musique, les jeux de lumière mais je ne tiens pas à enfermer le public dans mon exil, je veux qu’il vienne me voir performer et qu’il se divertisse devant mon spectacle. Je ne pourrais dire dans un livre, tout ce que je pense sur la question de l’Exil.